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vendredi, mai 25, 2007

New make spirit: Talisker

Après avoir goûté le whisky à la sortie de l'alambic de Bladnoch et de Speyside, voici le trosième et dernier volet de cette série de dégustations: Talisker.
Une autre région, un whisky très typé des îles... Tourbe et fumée. Est-ce que tous ces éléments sont déjà présents dans le new make spirit?
Le nez ressemble très fort à celui de Bladnoch et Speyside: prédominance sucrée du brassin. Présence dominante du malt et toujours cette odeur enivrante qui règne dans toutes les distilleries. Des notes épicées sont nettement présentes au nez, sans toutefois parvenir à surnager au-dessus de ces relents maltés décrits plus haut. Auto-suggestion? La dégustation n'étant pas à l'aveugle, le fait de savoir qu'il s'agit d'un Talisker me fait découvrir de très discrètes notes tourbées... Pas sûr que je les aurais décelées en aveugle.
Une première conclusion pourrait être que les new make spirits sont extrêmement proches les uns des autres, quelle que soit la spécificité du whisky finalement embouteillé. Ceci tendrait à signifier que le processus de vieillissement permet à tous les arômes contenus en germe dans l'alcool à la sortie de l'alambic de se développer. Le new make spirit serait donc plus un embryon de whisky qu'un "bébé-whisky..." Patience et longeur de temps, associées à qualité des fûts et des chais ainsi que savoir-faire des distilleries font donc le reste... à savoir pratiquement tout!
En bouche, toujours cette dominante sucrée, mais de nettes (même si embryonnaires) notes de tourbe et d'agrumes. Il faut une certaine expérience pour les déceler tant elles sont discrètes, mais elles sont bel et bien présentes.
La finale a un peu plus de relief que les deux autres dégustés précédemment. Evidemment, encore rien à voir avec le whisky qui sortira dans 10, 18 ou 20-25 ans des fûts, mais ici encore un embryon de finale, avec ses notes poivrées et déjà une belle longueur.

jeudi, mai 24, 2007

New make spirit: après Bladnoch, Speyside...

Après l'échantillon de new make spirit de Bladnoch, voici mes commentaires à propos du Speyside à la sortie de l'alambic. Speyside est une distillerie qui est située dans les Central Highlands d'après certains auteurs, mais les propriétaires revendiquent haut et fort leur appartenance au Speyside. Après tout, la distillerie est située sur la rivière Spey, et est en fait la distillerie la plus proche de la source de la mythique rivière... Pour plus d'informations concernant la distillerie Speyside, voir le site whisky-distilleries.info.
L'odeur du new make spirit de Speyside est étonamment proche de celle du Bladnoch dégusté précédemment. Le taux d'alcool est très proche aussi, puisque cet alcool titre 70.7%. Logique, puisque les distilleries utilisent certains standards de fabrication. L'un d'eux est la teneur en alcool du distillat. Le taux d'alcool du distillat exerce une influence significative sur le développement futur de l'alcool dans les fûts par la suite.
Le nez de ce très jeune Speyside est très sucré, tout comme l'était le Bladnoch. Cependant il présente quelques notes poivrées que je n'avais pas décelées chez Bladnoch. Mais ces relents épicés mis à part, la même impression générale se dégage. Les odeurs de brassin sont prédominantes. Mais il faut avoir au moins visité une distillerie pour comprendre cette odeur envahissante qui y prédomine.
Autant le Bladnoch était aromatisé, autant le Speyside semble épicé. Une nuance qui semble se retrouver plus tard dans les whiskies arrivés à maturité.
La bouche est également très proche de ce qu'elle était chez Bladnoch. Peut-être un brin plus complexe. En tout cas ici non plus le taux très élevé d'alcool ne gêne en rien. Forte dominance du malt, avec un embryon de goût plus complexe, qui va se développer et donner un beau whisky une fois arrivé à maturité.
La finale est ici aussi relativement insignifiante, si ce n'est que le goût sucré du malt reste présent durant quelques minutes. Mais aucune comparaison avec ce qui sortira du fût d'ici une dizaine d'années...

mercredi, mai 23, 2007

Une expérience nouvelle: New make spirit

Après avoir récemment dégusté pas mal d'excellentes vieilles versions, particulièrement de vieux Speyside très marqués par le sherry, mis sur le marché par des indépendants (entre autres Jack Wieber et Taste Still), l'idée saugrenue m'est venue de goûter du très jeune, mis sur le marché par personne, et pour cause, ce n'est pas encore du whisky...

Je me suis souvent demandé à quoi ressemble le goût de l'alcool à la sortie de l'alambic. Ce qu'on appelle en Ecosse "New make spirit". J'ai eu la chance de recevoir plusieurs échantillons de cet alcool très jeune lors de mes dernières visites de distilleries en Ecosse. Les échantillons dont je dispose et que je vais essayer de décrire ici proviennent des distilleries Bladnoch et Speyside. Il s'agit donc de deux régions différentes, ce qui aiguise encore un peu plus ma curiosité.
Je me livre en temps réel à cette dégustation inhabituelle, et au monent où je rédige ces lignes, il y a devant moi un verre contenant un liquide parfaitement transparent. De l'eau... Du moins en apparence...!

Bladnoch:
L'échantillon de Bladnoch dont je dispose titre 71%...
Il s'agit donc de la toute première étape dans l'elaboration du whisky. Cet alcool n'a pas encore le droit d'être appelé "whisky" parce qu'il n'a pas encore passé les 3 ans réglementaires en fût de chêne. Ceci dit, ces 3 ans réglementaires n'ont pas toujours existé, et il fut un temps où le whisky était directement vendu à la sortie de l'alambic. Bien souvent d'ailleurs il était aromatisé pour en améliorer le goût. Mais ces temps-là sont loin désormais.

Au nez, le new make spirit de Bladnoch semble très sucré, avec encore toute l'odeur du brassin de malt avant distillation. Très parfumé, et a priori assez agréable, malgré ce côté sucré qui promet de devenir bien vite écoeurant. En tout cas, pas besoin d'ajouter des herbes aromatiques pour lui donner une odeur assez agréable. On devine déjà les développements futurs, après vieillissement dans les fûts de chêne qui vont lui donner sa couleur, et en affiner le goût au cours des longues années dans les chais.
En bouche, la même impression d'alcool sucré, très riche en goût (même si celui-ci manque singulièrement de variété). On s'attendrait à ce que l'alcool à ce degré de concentration donne un sérieux coup de massue aux papilles, mais malgré ses 71%, ce liquide reste étonnamment doux.
Le goût du new make spirit est encore très loin de la finesse que ce whisky aura d'ici quelques années. Orge, sucre et alcool. On y retrouve en fait les composants de base à l'état brut, concentrés par l'evaporation de l'eau au cours de la distillation. Mais encore une fois, on imagine ce que cela donnera d'ici quelques années.
Parler de finale est un peu hors de propos. Oui, on garde un goût en bouche assez longtemps. L'impression est chaude (évidemment, 71% d'alcool...!) Mais cela se limite aussi à cela...

La dégustation de new make spirit de Speyside sera pour bientôt... Il me reste encore également un échantillon très précieux d'un new make spirit provenant d'une distillerie nettement plus typée: Talisker. Ce sera intéressant de comparer les trois.
Mais je reste fidèle à ma devise: jamais plus d'un verre par jour. (surtout à ce degré d'alcool...)

En résumé, cette dégustation était très instructive, mais je ne la conseille qu'aux palais aguerris... Si le whisky devait conserver ce goût lors de sa mise sur le marché, je doute que je soies jamais devenu un inconditionnel du single malt...

samedi, mai 12, 2007

Whisky et récompenses: est-ce toujours bien sérieux?

Dans le monde agricole, des tas de médailles sont attribuées aux plus beaux animaux de la ferme. Je n'ai pas beaucoup d'expérience des salons de l'agriculture, mais je crois savoir que les propriétaires de vaches et taureaux les bichonnent, les lavent, les peignent, les astiquent pour les faire briller, leur demandent de faire de beaux sourires, et le plus beau reçoit une médaille et ensuite rentre gentiment à la ferme et attend l'année suivante pour rapporter une nouvelle médaille à son propriétaire. Mais si je n'y connais rien en animaux d'elevage, je me fais une idée des critères utilisés: poids, masse musculaire, forme des cornes, et je ne doute pas que la plus belle bête sort du concours avec la plus belle médaille.
Il semble que dans le monde du whisky, il se passe un peu la même chose. Je pense avoir un peu plus d'expérience avec le whisky qu'avec le bétail, et quand je vois par exemple les résultats des Malt Maniac Awards, je dis "Chapeau bas" De l'excellent travail.
Alors la surprise est grande quand on constate les résultats du concours Whisky Magazine nommé World Whisky Awards . D'autant plus que plusieurs Malt Maniacs faisaient partie du jury. Donc, en principe on ne peut que leur accorder notre confiance...
Et pourtant...
Le titre pompeux et prétentieux de "Meilleur whisky du monde" (oui, vous avez bien lu... Pas le meilleur parmi les 150 sélectionnés, mais carrément le meilleur du monde est:
Talisker 18 ans. C'est sans conteste un bon whisky (même si personnellement je n'ai jamais accroché) mais de là à en faire le meilleur du monde... C'est à se demander si on ne s'en fout pas un peu, du monde! Que dire alors du 25 ans, des quantités d'embouteillages officiels qui sont nettement supérieurs à ce Talisker 18 ans et des quantités de merveilles qu'on trouve chez les indépendants... Mais ils ne devaient pas être invités. Pourtant, ils font bien partie "du monde" eux-aussi.
La première surprise passée, on continue de regarder les whiskies primés:
Aberfeldy 21 ans. Je ne le connais pas et je constaterais avec plaisir qu'il existe de bons Aberfledy. Pas encore trouvé jusqu'ici, mais ma culture aberfeldyesque est assez limitée.

Dans la catégorie 12 ans et moins:
Glen Garioch 8 ans. Là encore, je dois avouer mon incompétence, mais n'ayant pas apprécié trop le 15 ans, j'ai quelques doutes. Il y a bien sûr de merveilleux embouteillages de Glen Garioch, mais qui remontent en général aux années 1970...
Glengoyne 10 ans. Là, il faut arrêter. Parce que celui-là, je le connais. Et c'est de loin le moins intéressant dans la gamme Glengoyne! Le 12 ans cask strength est magnifique, le 10 ans est pitoyable. Retrouver cela sur la liste des awards des meilleurs whiskies... Les bras m'en tombent.
Mais, ce n'est pas fini...
Clynelish Distiller's edition. Il s'agit là d'une de mes plus grandes déceptions de l'année... Un Clynelish fini au Moscatel... Vraiment un mariage contre-nature (à mon humble avis).
Plus loin, dans la liste des Speyside (et après j'arrête, parce que la colère qui m'envahit devient mauvaise conseillère):
Aberlour 10 ans et Aberlour 16 ans, double maturation... Aberlour est une bonne distillerie, mais de là à primer son 10 ans ou son infâme 16 ans (alors que le double maturation 12 ans était excellent) il y a vraiment de l'abus.
Et pourtant, il y avait une belle délégation de Malt Maniacs dans le jury... C'est à n'y plus rien comprendre.
Non, arrêtons ces concours à la noix... N'est-ce pas symptomatique que j'aie appris les résultats de ce grand concours par un mail de Diageo qui m'annonçait que pour la seconde fois en 2 ans, le Talisker 18 ans est le meilleur whisky du monde? Et que mon caviste a été contacté le jour même par le distributeur?
Non, franchement, il faut arrêter de tromper les gens sur la marchandise. Et arrêter d'abuser de la confiance d'experts indépendants à des fins bassement commerciales.
Quels résultats scandaleux! Comment Whisky Magazine peut-il s'associer à ce genre d'inepties? Déjà que Jim Murray est élogieux à propos du whisky australien Great Outback dont tous ceux qui l'ont goûté s'accordent à dire qu'il est infect, et que pour lui le meilleur whisky du monde est le Old Parr blended whisky... Cela lui a coûté le peu de crédit qui lui restait auprès des connaisseurs et amateurs passionnés. Pas besoin en plus de mettre en jeu la crédibilité de Whisky Magazine et des quelques Malt Maniacs qui se sont prêtés au jeu...